23 février 2026 - 15:26:14
Focus sur… les documentaires
Les quatre longs métrages documentaires en lice cette année offrent un panorama riche et intrigant sur l’histoire du monde et de la Belgique, le temps qui passe et l’actualité qui brûle, et surtout, la vie des gens, qu’elle s’inscrive dans la grande ou la petite histoire, les livres ou le quotidien.
Décembre 2016: le HF6, haut fourneau emblématique de Seraing est dynamité sous les yeux de la population. Cet effondrement signe la fin d’une époque, dont Thierry Michel et Christine Pireaux retracent les grandes étapes. Ces cathédrales de fer portèrent haut de vastes enjeux industriels, sociaux et symboliques, pour une population qui vivait au rythme des machines. Face caméra, plusieurs générations d’hommes témoignent, d’abord à propos de leur outil de travail, symbole de fierté, mais très vite, c’est le récit des luttes syndicales qui s’impose. L’Acier a coulé dans nos veines, nourri de fascinantes images d’archives, fait oeuvre de mémoire pour ancrer dans les esprits la passion des hommes, et l’inexorabilité du temps qui passe. La fragilité inattendue, aussi, d’empires industriels, colosses aux pieds d’argile rattrapés par l’effondrement. L’Acier… est produit par Christine Pireaux pour Les Films de la Passerelle. C’est la septième fois que la société liégeoise est nominée dans cette catégorie, déjà remportée en 2016 pour L’Homme qui répare les femmes de Thierry Michel et Colette Braeckman.
Avec Merckx, documentaire entièrement constitué d’images d’archives, Christophe Hermans et Boris Tilquin dressent non seulement le portrait d’un homme hors normes, mais aussi d’un sport et d’un monde en pleine mutation. Le film bien sûr revient sur la carrière extraordinaire d’Eddy Merckx, cycliste sensationnel, mais au-delà du portrait d’un champion, c’est avant tout un incroyable récit de résilience, celui d’un homme qui ne lâche jamais le combat, même quand il n’a plus rien à prouver, même quand il n’a plus pour adversaire que lui-même. Un héros hors normes, aux contours délimités par une habile dramaturgie, qui multiplie les cliffhangers, et nourrit le suspense. Au-delà de la nostalgie provoquée par les images d’archives, c’est aussi un puissant écho avec le cyclisme d’aujourd’hui qui se répercute. En filigrane, le film évoque aussi la trajectoire d’un héros qui réunit une nation divisée, qui porte en lui toutes ses identités, notamment ses deux langues. Merckx est produit par Patrick Lauber pour Ka Visuel.
Petit Rempart d’Ève Duchemin dresse le portrait intime de Mariem, agente immobilière de 50 ans, sans foyer après avoir quitté son compagnon. Elle se retrouve à la rue, comme on dit, et plus précisément dans un centre d’accueil pour femmes isolées où elle entame un parcours de la combattante pour retrouver une vie qui aurait au moins l’allure de la normalité. Au fur et à mesure que le récit avance, la présence de la cinéaste se fait plus tangible. Une vraie relation se crée entre les deux femmes, et ce lien de confiance se pose en miroir des liens d’entraide qui voient le jour au sein de la communauté de femmes, où la sororité prime. Mariem, dans son malheur, connaît le prix de sa liberté, et voit les souffrances de celles bien plus précarisées qu’elles, pour qui le foyer est moins une étape qu’une destination. Une chronique immersive aussi frontale que lumineuse, qui fait écho à sa façon au précédent documentaire de la réalisatrice, En bataille, portrait d’une directrice de prison, pour lequel elle a remporté un René du Cinéma en 2019. Petit rempart est produit par Annabella Nezri pour Kwassa Films.
Soundtrack to a Coup d’État, documentaire dense, virtuose et édifiant, convoque grands jazzmen et inspirantes figures des indépendances africaines. À l’orée des 60s, les populations africaines jettent les bases de leurs indépendances, alors que l’Occident, Etats-Unis en tête, compte bien garder sa main-mise sur les richesses du continent et en orienter les politiques à venir, usant d’opérations secrètes, mais aussi d’ambassadeurs culturels, au rang desquels figurent quelques jazzmen souvent ignorant du rôle qu’on veut leur faire jouer. Ces machinations culminent avec l’assassinat de Lumumba, au coeur de ce récit tissé d’un patchwork d’images et de sons aussi érudit qu’étourdissant, vif comme une cavalcade menée au son du jazz de l’époque. Vu dans le monde entier, le film de Johan Grimonprez, produit par Daan Milius pour Onomatopée Films était en lice pour les Oscars l’année dernière, rien que ça.